Site et monument

Mémorial du Camp de Rivesaltes

Rivesaltes (66600), Pyrénées-Orientales

Musée de mémoire installé au cœur de l'ancien camp, ouvert en 2015 dans un bâtiment semi-enterré signé Rudy Ricciotti. Il retrace le sort des personnes internées ou hébergées sur ce site au XXe siècle.

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Le Mémorial du camp de Rivesaltes se trouve dans les Pyrénées-Orientales, au nord de Perpignan, sur l'emprise de l'ancien camp militaire Joffre, à cheval sur les communes de Rivesaltes et de Salses-le-Château. C'est un lieu de mémoire consacré à l'histoire d'un site où ont été regroupés, selon les époques, des réfugiés espagnols, des Juifs étrangers, des Tsiganes, des prisonniers de guerre, puis des harkis et leurs familles. Pour le visiter, il faut compter une visite de plusieurs heures si vous voulez voir à la fois le bâtiment et les vestiges extérieurs. Ce guide présente l'histoire du camp, l'architecture du mémorial, le parcours général et quelques conseils pour préparer sa venue, dans un esprit de recueillement.

L'histoire du camp en grandes périodes

Un camp militaire à la fin des années 1930

Le camp Joffre naît comme un camp d'instruction militaire. Il doit son nom à un officier d'artillerie qui avait proposé sa création, et il s'étend sur environ six cents hectares de terrain aride, balayé par le vent. À la mobilisation de 1939, il sert de lieu de transit pour des militaires en attente d'affectation.

Le centre d'hébergement de Vichy, à partir de 1941

Au début de 1941, les autorités du régime de Vichy ouvrent à Rivesaltes un centre d'hébergement placé sous contrôle civil. Il accueille des familles espagnoles, des Juifs étrangers, des Tsiganes, des indigents et des opposants politiques. Les familles républicaines espagnoles, réfugiées en France après la guerre civile, y vivent en baraquements, sur un terrain réputé pour son manque d'eau et ses conditions climatiques rudes. Le mémorial raconte le quotidien de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants, internés pour ce qu'ils étaient et non pour des actes.

Les rafles de 1942

À partir de l'été 1942, le camp devient un lieu de rassemblement des Juifs étrangers arrêtés en zone sud. Des convois partent de Rivesaltes, directement ou via Drancy, vers Auschwitz. Les historiens ne donnent pas tous le même nombre de personnes déportées, et ce guide ne tranche pas entre ces estimations. L'historien Serge Klarsfeld a employé l'expression de « Drancy de la zone libre » pour qualifier le rôle de Rivesaltes dans ces mois-là. Après l'occupation de la zone sud à la fin de 1942, le centre d'hébergement ferme et le site sert à l'instruction des troupes allemandes jusqu'à l'été 1944.

Après la Libération : épuration et prisonniers de guerre

Dès l'automne 1944, un centre de séjour surveillé est créé pour des personnes internées au titre de l'épuration. Le camp sert aussi de dépôt à des prisonniers de guerre allemands et italiens, jusqu'en 1948.

La guerre d'Algérie et les harkis

Après l'indépendance de l'Algérie, en 1962, Rivesaltes devient l'un des principaux camps de transit et de reclassement pour des anciens supplétifs de l'armée française, les harkis, et leurs familles. Les familles y sont logées dans des baraquements, et le camp reste en usage pendant plusieurs années. Le site est aujourd'hui l'un des lieux les plus importants pour comprendre cet exil. Des anciens supplétifs guinéens et leurs familles ont aussi été accueillis dans les années qui suivent.

Un centre de rétention, puis la mémoire

De 1986 à 2007, une partie du camp a servi de centre de rétention administrative pour des étrangers en situation irrégulière. Parallèlement, des stèles ont été élevées dans les années 1990 en hommage aux Juifs déportés, aux harkis et aux républicains espagnols. L'îlot F, avec ses baraquements, est inscrit au titre des monuments historiques depuis l'an 2000. Le chantier du mémorial débute en 2012, et le bâtiment est inauguré le 16 octobre 2015.

Le Mémorial et son architecture

Un monolithe de béton posé sur la place d'armes

Le bâtiment a été conçu par l'architecte Rudy Ricciotti, lauréat du concours en 2006, en association avec l'agence audoise Passelac & Roques. Il occupe la place d'armes, le seul espace ouvert de l'îlot F, et laisse les baraquements intacts. Il s'agit d'une construction en béton, semi-enterrée, longue de l'ordre de deux cents mètres et large d'une vingtaine de mètres. À l'entrée, le toit affleure le sol, puis il s'élève progressivement vers l'est sans jamais dépasser le faîte des baraques voisines. L'architecte parle d'un monolithe tombé au sol, une sorte de poutre enfoncée dans la terre, et il situe son projet entre la nécessité de l'émotion et le refus du pardon.

Lumière, patios et ambiance

L'intérieur est volontairement austère. Une grande partie des espaces est sans vue sur l'extérieur : le visiteur n'a de lien qu'avec le ciel. Trois patios laissent entrer une lumière indirecte dans les lieux de vie, comme les salles pédagogiques ou le café. Une oeuvre d'art intégrée au bâtiment reprend des citations anonymes d'anciens habitants du camp. Le bâtiment a reçu le label Architecture contemporaine remarquable.

Visiter le mémorial

Un parcours qui part de l'histoire

La visite commence par un rappel historique, notamment la loi de novembre 1938 qui autorisait l'internement administratif d'étrangers jugés « indésirables ». Le parcours se poursuit dans le bâtiment, qui comprend un espace d'exposition permanente, des salles d'exposition temporaire, un auditorium et des salles pédagogiques. On y consulte des témoignages, des documents et des films d'époque. Le mémorial aborde aussi, au-delà du camp lui-même, les déplacements forcés de populations au vingtième siècle et la situation des exilés aujourd'hui.

Le site extérieur

Une allée centrale en béton traverse les vestiges des baraquements, alignés de part et d'autre. L'espace est ouvert, sec, souvent exposé au vent, et se prête au silence. Des stèles rendent hommage aux Juifs déportés, aux harkis et aux républicains espagnols. Prévoyez un chapeau et de l'eau en été, des vêtements coupe-vent le reste de l'année, et de bonnes chaussures pour marcher sur un sol irrégulier.

Une exposition qui évolue

L'exposition permanente fait l'objet d'un travail de renouvellement. Ce qui est accessible peut donc varier : le parcours extérieur, les expositions temporaires et la programmation culturelle ne sont pas toujours proposés dans les mêmes conditions. Avant de partir, consultez les informations officielles du lieu pour savoir ce que vous pourrez voir.

Préparer sa visite

Durée et moment de la journée

Prévoyez plusieurs heures, davantage si vous suivez une visite guidée ou si vous parcourez à pied l'ensemble du site extérieur. Le printemps et l'automne offrent un climat plus doux pour marcher entre les baraques. En été, privilégiez les moments où le soleil est moins fort, car l'ombre est rare à l'extérieur.

Accessibilité

Le bâtiment accueille les personnes en situation de handicap, avec des accès et des sanitaires adaptés. Un parking est disponible sur place, et une aire de pique-nique permet de faire une pause. Le site est également desservi par un arrêt de bus à quelques minutes à pied.

Venir avec des enfants

Il n'existe pas d'âge minimum officiel, et le mémorial dispose d'un service pédagogique qui prépare des visites pour les classes. Son dossier pour l'école primaire conseille d'ailleurs de préparer en amont les plus jeunes élèves. C'est un bon repère pour les familles : le sujet est grave, il parle d'enfermement, d'exil et de mort. Expliquez simplement, avant d'arriver, pourquoi des familles ont été enfermées ici, laissez les enfants poser leurs questions et ne forcez pas le parcours s'ils ont besoin de sortir. L'allée extérieure, les baraques et le ciel ouvert sont souvent plus faciles à aborder que les écrans de témoignages.

Autour du mémorial

Rivesaltes et le vignoble

La ville de Rivesaltes, voisine du site, donne son nom à des vins doux naturels. Le Muscat de Rivesaltes est reconnu en appellation depuis 1956, et il est produit sur de nombreuses communes des Pyrénées-Orientales et de l'Aude. Si vous prolongez la journée, vous pouvez traverser ce paysage de vignes, sans que la visite du mémorial s'y mêle.

La forteresse de Salses

À Salses-le-Château, à une quinzaine de kilomètres au nord de Perpignan, la forteresse de Salses a été construite à la fin du quinzième siècle sur ordre des Rois catholiques, Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille. Elle gardait alors la frontière entre la Catalogne et la France. Après le traité des Pyrénées de 1659, le Roussillon devient français et la forteresse perd son intérêt stratégique. Elle est classée monument historique depuis 1886.

D'autres lieux de mémoire des Pyrénées-Orientales

Le département compte d'autres lieux consacrés à l'exode des républicains espagnols, comme le mémorial d'Argelès-sur-Mer, qui retrace l'exode espagnol et la création des camps du littoral, et la maternité suisse d'Elne, fondée par Elisabeth Eidenbenz pour permettre aux femmes internées d'accoucher dans de meilleures conditions. Vérifiez leur accessibilité avant de les intégrer à votre parcours.

Questions fréquentes

Qui a conçu le Mémorial du camp de Rivesaltes ?

L'architecte Rudy Ricciotti, avec l'agence Passelac & Roques. Il a remporté le concours en 2006, et le bâtiment a été inauguré en octobre 2015.

Quelles populations ont été enfermées à Rivesaltes ?

Des familles espagnoles, des Juifs étrangers, des Tsiganes, des opposants politiques, des prisonniers de guerre allemands et italiens, des harkis et leurs familles, puis des étrangers en situation irrégulière dans le centre de rétention.

Combien de temps faut-il pour visiter ?

Plusieurs heures, bâtiment et site extérieur compris. Une visite guidée peut allonger ce temps.

Que voit-on sur le site extérieur ?

Une allée en béton qui traverse les vestiges des baraquements, ainsi que des stèles en hommage aux Juifs déportés, aux harkis et aux républicains espagnols.

Peut-on venir avec des enfants ?

Aucun âge minimum n'est annoncé. Le sujet est difficile : mieux vaut préparer l'enfant avant la visite et adapter le rythme à sa sensibilité.

Le site est-il accessible aux personnes à mobilité réduite ?

Le bâtiment propose des accès et des sanitaires adaptés. Pour le site extérieur, renseignez-vous avant de venir sur l'état des chemins.

Quand y aller ?

Le printemps et l'automne sont plus agréables pour marcher à l'extérieur. En été, évitez les heures chaudes.

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Situer Mémorial du Camp de Rivesaltes

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